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Amateur de poésie habité par l’urgence de lire et de dire viscérale ; voilà des années que Rabah arpente les bars, la rue, les off des festivals, les parvis de théâtres et Cathédrales. Enfants de Saint-Denis, de la banlieue et de la fracture sociale, il panse ses maux au son de Brel, à coups de Fondane ou d’ivresses Baudelairiennes. Le colosse écorché vit le verbe et brille d’humilité ! il est temps que sa gueule enflamme les planches et fassent frémir les âmes.

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Rabah Mehdaoui : l’appel de la poésie

Il se définit comme un homme ingérable. Le mot des poètes et le travail d’acteur sur leurs textes donne un sens à sa vie et lui permettent de rester en équilibre. Sur un fil.

Voilà un homme à multiples facettes. Silhouette de colosse, il pose sur le monde un regard d’enfant. Capable de colères soudaines, parfois brutales pouvant aller jusqu’à l’injustice, il peut aussi être la proie de touchants élans de tendresse. « Je suis ingérable », dit-il souvent, et l’on ne sait pas bien ce qui domine alors, de la fierté ou du regret.

Né à Saint-Denis voici un demi-siècle, dans une famille originaire de la région de Tlemcen en Algérie, dont les parents se séparent tôt, Rabah Mehdaoui est élevé par son grand-père. « Un homme digne, droit, charismatique. Il m’a donné une belle enfance », dit-il. Élève turbulent, enfant révolté, il grandit cité Fabien. « J’étais un glandeur », raconte-t-il en passant rapidement sur une adolescence qu’on devine sur le fil. « J’ai fait un peu de trafic… de cerises ! », rigole-t-il.

Pour vivre, Rabah chante dans la rue, Brel, Aznavour entre autres. Jusqu’à ce jour de 1988 où il se rend quelques mois en Algérie. « J’ai adoré. Le rythme de la langue, les intonations des mots, la vie du village, la convivialité, la lumière, je me suis aperçu que tout cela faisait partie de moi. »

Mais aussitôt il clame son amour de la France. « J’aime cette terre de France et je refuse tout communautarisme : il mène au fascisme. » De retour à Saint-Denis, il mène une vie précaire, entre petits boulots d’intérim. Puis il part dans le Sud, Aix-en-Provence, Marseille, « une ville douce et tranchante comme un rasoir ou un sabre ». Et chante, toujours dans la rue. « J’avais une insouciance intense, le chant amène au rêve.»

En 2000, il revient à Saint-Denis.« On retourne toujours à ses racines. » Quelques mois plus tôt, il avait vu le comédien Claude Brosset dans un récital de poésie au Festival d’Avignon. Un choc. Une claque. « Je me suis dit : c’est ça que j’ai envie de faire. » Il commence par Baudelaire, lit beaucoup, rencontre Daniel Mesguich qui l’encourage, s’émeut avec Les Contemplations de Victor Hugo.

«Je ne suis pas poète mais la poésie m’appelle, elle me sauve la vie» , confie Rabah.

Puis Philippe Avron lui fait découvrir Le mal des fantômes, de Benjamin Fondane. Nouveau choc, extrême. Il veut absolument travailler les mots de ce poète visionnaire décédé dans les chambres à gaz en 1944. Mais comment travailler ? Alors Rabah Mehdaoui va voir l’homme de théâtre dionysien Yves Adler.

« Je lui ai dit : fais-moi bosser. » Au bout de plusieurs mois, les représentations couronnent ce chemin commun, à Saint-Denis et à Paris notamment. Sur scène, Rabah livre sa fougue et sa sensibilité, sert le poète. Avec Yves Adler, il a appris le travail, le jeu de l’acteur, la transmission. L’été, il va à Avignon, à nouveau dans la rue, dire les poètes qu’il aime : Baudelaire, Hugo, Fondane, mais aussi Shakespeare, Montaigne… Et aujourd’hui il se sent à l’aube d’une autre aventure poétique.

« J’ai envie de travailler sur Genet. Il rend le mot vivant. C’est comme s’il sortait de ma famille… » Cette nouvelle histoire, il confie vouloir la vivre encore avec Yves Adler. « Même si je suis ingérable. » Et l’on entend les points de suspension.

Portrait de Benoit Lagarrigue
Publié dans le Journal de Saint-Denis, septembre 2011

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