Project Description

Artiste-ébéniste, représentant du nouvel Art Nouveau, Nicolas Cesbron conçoit et réalise du mobilier extravagant, des machines rococottes et des sculptures ingénieuses.

L’une de ses dernières créations : une forêt céleste composée d’une centaine de tiges, lianes et fleurs luminescentes ciselées par Sandrine Buring exposé dans la basilique de Saint Denis en décembre 2011 et janvier 2012. Scénographe de la dernière Fabrique du Macadam « Et Gare ! » en juin 2012, il a su ré enchanter le parvis de la gare de Saint-Denis grâce à une scénographie inventive.

L’homme du bois

Sa route semblait tracée : ingénieur en aéronautique. Mais il a emprunté un chemin de traverse, jalonné de bois, qui l’a mené à la sculpture et à la création de mobilier.

Il faut d’abord passer le hangar, marcher entre deux haies de planches, roues, vélos, éléments de décor en bois, mannequins, structures peu identifiables jusqu’à l’atelier. On sait qu’on s’en approche d’abord au son d’une ponceuse ou d’une autre machine à travailler le bois, puis à la vision de sculptures aériennes, de roues encore, de lampes aux tiges courbes et sensuelles.

C’est là que Nicolas Cesbron travaille, invente, crée. Il accueille avec un sourire franc et discret, invite à s’asseoir autour d’une table ronde. D’un beau bois, évidemment. Une radio déverse de doux morceaux de jazz. « Je suis né à Reims mais j’ai grandi dans un village à côté du Mans. » La voix est douce, il cherche parfois le mot qui s’approchera au plus près de sa pensée.

Né dans une famille de profs, il se passionne très tôt pour le bois. « Nous étions à la campagne, je construisais des cabanes, des arcs, je sculptais le bois avec mon canif… » Après le bac, il fait maths sup, maths spé, puis Normale sup. Agrégé en 1988, à 24 ans, il s’apprête à devenir ingénieur en aéronautique.

Mais c’est l’heure du service militaire. Il choisit la coopération et part enseigner deux ans à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire). « J’avais du temps, j’ai beaucoup voyagé et c’est là que j’ai commencé à construire des meubles, à sculpter. Là-bas, je me suis découvert moi-même. » À son retour, il passe un doctorat en imagerie acoustique et travaille cinq ans durant sur un prototype de sonar pour l’Ifremer. « Mais je continuais à créer du mobilier, j’avais transformé mon petit appart’ à Paris en atelier. » Au final, il s’éloigne d’une carrière universitaire et s’engage alors totalement dans sa vie de créateur. « Je voulais inventer ma vie, fuir le chemin tracé.»

C’est donc en 1995 qu’il arrive à Saint-Denis, au 65, rue Paul-Éluard, où il vit toujours. « C’est là que mon travail a germé et que j’ai pu vivre de la façon qui me convient, c’est-à-dire à la marge, en me consacrant entièrement à mon travail. » Il découvre la ville, participe aux activités artistiques de l’Adada, se fait connaître.

C’est sa magnifique exposition d’une forêt de luminaires dans la chapelle du carmel, fin 2007, début 2008, puis à l’église Saint-Roch à Paris, qui l’a définitivement lancé. Depuis, entre la Suède (une expo rétrospective), le Japon (un grand escalier pour le magasin Louboutin), Paris (le hall de l’hôtel Edouard VII), une galerie parisienne, mais aussi les Fabrique du Macadam du Café culturel avec l’ami Jean-Matthieu Fourt, il n’arrête pas d’inventer des objets, des meubles, des formes.

« L’objet primitif a deux fonctions : l’efficacité et le sacré. C’est cette dimension rituelle que je veux donner à ceux que je crée, à travers la matière, la forme, la sensualité. » Tout part souvent de gribouillages, répétés. « Un moment, je me dis : j’ai envie de faire ça. Suit alors une période d’euphorie et de grand doute mêlés. C’est là qu’il faut inventer, par exemple de nouvelles techniques du travail du bois, choisir celui qui convient le mieux. Je ressens à ces moments là une grande fébrilité. »

Nicolas ne regrette rien de son chemin. « Plus tôt, je n’étais pas mûr. C’est un métier de patience. Et il faut du temps pour savourer la patience. » Il rêve aujourd’hui d’architecture, de jeu avec la lumière, le mouvement, le flottement, l’équilibre. « Et l’équilibre, c’est la danse », dit-il encore.

Portrait de Benoit Lagarrigue publié dans le JSD, septembre 2012

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