Project Description

NAISSAM by Soeurs Chevalme
Virtuose flûtiste étoile montante du jazz, Naïssam Jalal donne un nouveau souffle à la Fabrique MacaDames au son de sa flûte et de son nay.

A participé à :

Naïssam Jalal : Un air de liberté

Flûtiste fille d’artistes peintres syriens, Arabe née en France, la question de l’identité la taraude. Et n’est pas étrangère à ses compositions.

Dans un magnifique clip qu’elle a réalisé, elle apparaît jouant de la flûte dans une ville chargée l’histoire et de douleur, terriblement vivante cependant. Cette ville, c’est Beyrouth, la capitale du Liban. Et le morceau qu’elle interprète s’intitule Beirut et clôt son deuxième album, Osloob Hayati, qui sort ces jours-ci. Naïssam Jalal, dionysienne depuis peu, est née à Paris de parents syriens et peintres. « Ils ont fui le régime d’Hafez el Assad, le père de Bachar, dans les années 1970, pour pouvoir peindre autre chose que les symboles du pouvoir », lance-t-elle avec force, évidemment sensible à la situation dans cette région du monde. Elle découvre la musique très tôt, attirée par la flûte d’abord pour son esthétique. « C’était comme une baguette magique de princesse », sourit-elle.

« SAVOIR D’OÙ JE VIENS »

Élève au conservatoire, Naïssam ressent très vite le besoin de s’exprimer, plus que d’interpréter les musiques des autres. « Aussi belles soient-elles, elle ne disent rien de ma vie de fille d’immigrée, d’Arabe vivant en France. Pour nous, la vie est violente. La France, c’est mon pays, j’y suis née, mais on m’en fait sentir étrangère. » Elle parle de la question de l’identité, qui n’est pas donnée mais qu’il faut construire tous les jours. « C’est pour cela que certains se tournent vers la religion », avance-t-elle. À 19 ans, elle ressent le besoin viscéral de partir en Syrie, « pour savoir d’où je viens ». Elle y découvre l’oppression, l’injustice, se demande ce que ça veut dire être arabe, rejeté ici, oppressé là-bas. Elle part ensuite au Caire, y rencontre de nombreux musiciens. « J’y ai appris énormément, aussi bien musicalement qu’humainement. » Y compris en tant que femme. « On doit se battre encore plus », gronde-t-elle.

En 2006, elle revient en France, étudie la philosophie à l’université Paris 8, avec Daniel Bensaïd. « Ça m’a reconstruite, redonné confiance. » Aujourd’hui, sa musique révèle ce qu’elle a vécu, lui permet de faire sa route. Elle sort un premier album en 2009, Nou Nya, en forme de duo flûte et oud, puis monte une formation de jazz, Rhythms of Resistance, pour laquelle elle écrit les compositions. C’est avec ce groupe qu’elle a réalisé Osloob Hayati, qu’ils présenteront ensemble le 4 juin au Café de la danse à La Villette après avoir fait la première partie de David Murray à Banlieues Bleues et avant de participer au festival Jazz à la Villette, le 9 septembre.

Et deux jours plus tard, le 6 juin, Naïssam sera partie prenante de la restitution du travail effectué cette année à Franc-Moisin dans le cadre de la prochaine Fabrique Macadames du Café culturel. « C’était une initiation à la musique arabe à laquelle ont participé des gens de tous les horizons », se réjouit-elle. Histoire de montrer une fois de plus que ce qui est en commun est plus important que ce qui sépare. Débordante d’activité, Naïssam est déjà tournée vers son troisième album et d’autres projets musicaux qu’elle a en tête. Indépendante, fière, résolue, elle avance sur le chemin de la vie avec ses deux piliers : la musique et la liberté. À conquérir, toujours.

Portrait de Benoît Lagarrigue
Publié sur le Journal de Saint-Denis en mai 2015

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